En 2000, la Knesset a créé une commission d'enquête parlementaire chargée de localiser et de restituer les biens des victimes de la Shoah. Le cabinet d'expertise comptable Kaspi & Kaspi a été chargé d'examiner la banque Mizrahi. L'audit a duré de décembre 2001 à juillet 2003, avec une équipe d'environ 12 personnes.
Au début de leur rapport, les auditeurs ont écrit une phrase qui mérite d'être lue lentement (traduite de l'hébreu) : « Nous tenons à souligner que lors de la première réunion avec la direction de la banque, on nous a affirmé que la banque ne disposait d'aucun document relatif à l'audit et que nous ne trouverions rien au cours de nos travaux. »
En bref
- La première affirmation : la banque n'avait « aucun document ». C'est ce qu'on a dit aux auditeurs lors de la première réunion.
- Ce qui a été trouvé : les registres originaux des actionnaires, les fiches de comptes clients de 1936 à 1974, les cartes de spécimens de signature, les procès-verbaux de la direction et des lettres de 1939 et 1940.
- Ce qui a été perdu : jusqu'en 1979, « aucune règle de conservation des documents bancaires n'avait été fixée ». Les documents étaient stockés dans des sous-sols humides, et chaque agence détruisait les anciens papiers pour faire de la place.
- 1974 : lors de l'informatisation, la date de saisie a été enregistrée comme date d'ouverture du compte. Selon les auditeurs, des données historiques ont été « perdues sans possibilité de les reconstituer ».
- 2012 : la banque a versé 9,5 millions de shekels à la société de restitution des biens des victimes de la Shoah, « sans reconnaître aucune responsabilité ».

Ce qu'on a trouvé après « aucun document »
Dans le même paragraphe, les auditeurs écrivent qu'ils ont ensuite bénéficié d'une « large coopération » des cadres et employés, et qu'on leur a remis « les registres originaux des actionnaires ». Leur liste de sources comprend :
- Les fiches de comptes clients de 1936 à 1974. Ils en ont tiré une base d'environ 7 892 comptes inactifs, dont « 162 pourraient appartenir à des victimes de la Shoah ».
- Environ 155 cartes de spécimens de signature de 1930 à 1945.
- Les registres des actionnaires de 1925 à 1977 : 8 082 actionnaires, dont 309 avec une adresse en Europe.
- Les procès-verbaux des réunions de direction depuis 1924, et des états financiers des années 1930 et 1940.
Autrement dit, les documents existaient. Une partie était aux archives, une autre dans les agences.
Quand les documents « disparaissent »-ils d'habitude ? Trois moments tirés du rapport
1. Quand il n'existe pas de règle de conservation
« Nous soulignons qu'avant la création des archives de la banque, en 1979, aucune règle de conservation des documents bancaires n'avait été fixée. C'est pourquoi la plupart des documents de la banque étaient stockés dans les sous-sols des agences, dans des conditions d'humidité qui ont détruit les registres. »
2. Quand il faut faire de la place
« Chaque agence détruisait les anciens documents pour faire place aux nouveaux, sans tenir compte de la portée historique de leur perte. » Et : « Les documents bien conservés ont été transférés aux archives de la banque, et ceux rongés par la moisissure et l'humidité ont été détruits. »

3. Quand on passe à l'informatique
L'informatisation des agences a commencé en 1974. Selon les auditeurs, « il a été décidé de fixer la date de saisie informatique comme si c'était la date d'ouverture du compte, et le solde du jour de saisie comme si c'était le solde d'ouverture ». Résultat, selon leurs termes : « des données historiques de grande importance, dans tous les comptes clients informatisés, ont été perdues sans possibilité de les reconstituer ».
En clair : à partir de là, un compte ouvert en 1938 apparaissait dans l'ordinateur comme ouvert en 1974, sans son historique.
Pourquoi c'est important
L'audit portait sur l'argent de personnes qui ne pouvaient pas venir le réclamer. Une lettre du 29 octobre 1939, citée dans l'annexe, évoque des dépôts d'environ 28 000 livres palestiniennes : « les déposants ne peuvent pas réclamer leurs dépôts pour l'instant, étant à l'étranger ». Quand de tels documents disparaissent, la possibilité de prouver à qui appartient l'argent disparaît aussi.
La commission a trouvé 383 dossiers de comptes de victimes possibles. Pour 11 comptes retrouvés aux Archives sionistes centrales, elle a imputé à la banque presque toute la responsabilité calculée. La banque a contesté ces conclusions.
Et la banque ?
- 2010 : dans son rapport annuel, la banque écrit qu'elle « conteste les conclusions du rapport de la commission ».
- 8 mai 2007 : la banque répond à la société de restitution qu'« elle ne détient pas de biens de victimes de la Shoah ».
- 2008 et 2009 : la société réclame environ 18 millions de shekels, puis environ 19 millions. La banque refuse et, en mai 2009, « exige qu'elle retire immédiatement ses demandes ».
- 4 novembre 2012 : un accord. Selon le rapport annuel, « sans reconnaître aucune responsabilité ni aucune prétention de quelque nature que ce soit soulevée contre la banque », celle-ci verse 9,5 millions de shekels « en règlement complet et définitif » des réclamations, y compris celles « inconnues qui ne seront découvertes qu'à l'avenir », et « la responsabilité de la banque a pris fin ».

Ce que nous ne savons pas
- Le texte intégral de l'accord n'a pas été publié. Ce qu'on en sait vient de la description donnée par la banque dans son rapport annuel.
- Les auditeurs attribuent la perte des documents à l'absence de règles de conservation et à l'humidité. Le rapport ne conclut pas que les documents ont été détruits pour cacher quoi que ce soit.
- La banque n'a pas été condamnée, n'a pas été poursuivie en justice à ce sujet et n'a pas reconnu de responsabilité.
Les documents
- Annexe 3 du rapport : l'audit de la banque Mizrahi, pages choisies (PDF, en hébreu)
- Rapport final de la commission : pages sur la banque Mizrahi (PDF, en hébreu)
- Rapport annuel 2012 de Mizrahi-Tefahot, page 120 (PDF, en hébreu)
- Rapport annuel 2010 de Mizrahi-Tefahot, page 102 (PDF, en hébreu)
- Rapport complet sur le site de la Knesset
Article fondé sur des documents officiels : le rapport de la commission d'enquête parlementaire et ses annexes, et les rapports annuels de la banque. Citations traduites de l'hébreu. Ceci n'est pas un avis juridique.